Après Suicide circle et le diner de Noriko, j'étais impatient de voir un nouveau film de ce cinéaste improbable capable de mélanger poésie et gore, abstraction surréaliste et intrigue policière.

L'histoire débute dans une famille où le bonheur semble avoir disparu.
Chacun vit sa propre vie en secret sans vraiment s'inquiéter des autres.
Shamoto, le père, est un vendeur de poissons tropicaux, remarié à la trop séduisante Taeko que sa fille ne peut supporter et qui vire plus ou moins à la petite délinquance.
Apparaît alors Murata lui aussi vendeur de poissons exotiques qui vient sauver cette famille alors que la jeune fille semblait partie pour le poste de police.
Murata style flamboyant roulant en Ferrari et gestionnaire d'un super marché du poisson avec serveuses Kawaii et air rigolard va convaincre la famille de rouler avec lui pour ce qu'il semble être la voie du salut.
Petit à petit cette alliance va tourner à la ballade morbide où lui et sa femme (Aiko => prénom qui veut dire Ai : Amour Ko : Enfant ..) vont s'avérer être des déséquilibrés (le mot est faible) et emmener Murata au bout de lui même et du spectateur.
Sans rentrer dans les détails, le film pourtant long est extrêmement bien mené.
On découvre en même temps que Shamoto le monde apocalyptique du couple Murata.
Malgré des scènes de gore bien dégoulinantes ou libidineuses, le film est mené de main de maitre.
Par cycle, après une plongée dans l'impossible, on revient dans un japon bien propre avec toutes les politesses de la vie courante mais c'est pour mieux replonger dans un long tunnel grotesque et effrayant.
Le film est sans concessions, le final sans espoir mais il en reste à multiples interprétations, une grande oeuvre.
Une réussite à réserver à un public averti et qui saura passer outre les excès de certaines scènes.
Les acteur sont excellents (Murata incroyable, Aiko démoniaque et Shamoto désespérant), le montage sobre mais terriblement efficace pour nous faire vivre de plein fouet cette histoire à la fois sordide et hypnotisante.
Difficilement classable ce film en reste une critique implacable d'un système social trop basé sur la soumission (des homme et des femmes), de l'illusion du chef rédempteur et bien évidement de la crise profonde de la cellule familiale traditionnelle.