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Ici et pas Ailleurs

Blog notes sur le cinéma et la littérature japonaise.

La dernière métamorphose – Keiichirô Hirano - (最後の変身)


Après un prologue kafkaien, ce roman nous conte la metamorphose du personnage principal, cette métamorphose n'est pas physique mais au contraire tel la chenille qui pour ce transformer en papillon devra briser sa chrysalide, c'est la tentative de liberation que l'on va suivre.
Paradoxalement, cette libération commencera par une reclusion volontaire dans la maison de famille où il habite avec ses parents.

Un beau matin, il décide de ne plus aller au travail, ne plus répondre au téléphone et devient un "hikkikomori" et analyse tout au long du roman à la fois sa propre personnalité, sa vie et sa facon qu'il avait jusqu'à présent de la mener.
Il dévoile tous ses trucs pour construire sa vie en société, tout le cheminement de sa vie sociale pour se poser la question fondamentale, quel est notre vrai "rôle".
Sur un ton parfois assez féroce, ce roman nous permet, à mon avis, de bien appréhender, les difficultés de vivre dans la société japonaise où l'apparence et l'attitude en société (école, travail, internet ...) est si codifiée.
Cependant même si cette société exacerbe le mimétisme social et l'attitude, on peut bien évidement faire le lien avec toute société moderne.
Le roman est un long monologue qui avec plus ou moins de d'ironie, d'humour noir et de misanthropie, ca donne un roman qui souléve des questions primordiales sur la société humaine sans bien évidement apporter de reponse, un coup pied violent dans la rigidité sociale.
Ca fait du bien mais c'est sans issue.

Le dévouement du suspect X - Higashino Keigo (容疑者Xの献身)

Higashino est peu traduit en France mais il est urgent de le découvrir et surtout ce diabolique roman.
Tout commence de façon assez classique, une jeune mère vit seule avec sa fille, ayant eu une vie assez difficile divorces, petits boulots, etc ..
Elle essaye de se refaire une vie en étant employée dans un restaurant de plat à emporter (bento) monté par d'ex collègues.
Le vie n'étant pas simple son ex mari, brutal et oppressant réapparait dans sa vie et la harcèle, tout ca finira par le meurtre "accidentel" de ce tyran qui laisse mère et fille dans l'embarras.
C'est à ce moment que survient Mr Ishigami, mathématicien de génie et voisin de Yasuko (la meurtrière) dont il est secrètement amoureux. Il décide de maquiller le meurtre pour sauver l'élue de son coeur.

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Sur la route de l'enquête se trouve professeur Yukawa physicien brillant à l'esprit curieux qui se trouve être un ex compagnon de fac de Ishigami.
Berner la police est un jeu d'enfant pour Ishigami mais Yukawa ne peut se résoudre aux déduction simplistes de celle ci et décide de mener son enquête auprès de son ancien ami.

La joute des logiques des deux principaux protagonistes les poussera à aborder des thèmes plus subtil et par paraphrase mathématiques se donner des indices.
L'enquête est bien menée, les personnages sont consistants et le roman réserve de bonnes surprises au lecteur pour aller vers un final aussi bref que surprenant et surtout assez bouleversant.

A noter une bonne traduction (Sophie Refle) qui ne gâche rien au roman.

Real World - Natsuo Kirino (リアルワールド)

Difficile de revenir de Out ou surtout Disparition intact.
Ces gros pavés m'ont emmené bien profond dans ces vies tourmentées d'adultes avec déjà ce qu'ils croyaient une vie bien installée.
Avec Real World Kirino les personnages sont des adolescents, pour qui la découverte du monde n'en est qu'à ses débuts. 
Pourtant on ne peut pas dire que l'espoir de ces jeunes pour leur avenir semblent les motiver outre mesure.
le style est plus léger car écrit comme une suite de  monologues des différents protagonistes, à mi chemin entre un road movie et un journal intime.


Real World
L'histoire conte la vie de 4 adolescentes bien différentes mais pourtant qui forment un petit groupe qui semble solide.
Un jour un fait divers va changer leurs vies, casser la routine école/famille/amies, un gros bruit, une fuite, un vol de téléphone et c'est tout l'équilibre de ces quatre vies qui va basculer. Il faut dire que ce bruit n'est autre que le voisin d'une des 4 filles qui vient de tuer sa propre mère, un pétage de plomb, un trop plein de tout, un coup de bate de baseball.
Ce voisin, le lombric comme l'appelle Toshiko, va fuir à vélo et contacter les filles avec ce téléphone volé, elles vont toutes s'intéresser à cet individu pourtant pas particulièrement héroïque ou brillant mais qui, lui, se retrouve devant un fait vrai, sans retour, la vraie vie peut-être.
Les 4 amies vont suivre, de près ou de loin, le chemin du tueur en herbe, chacune à leur tour vont parler de leur univers qui décris une réalité pas trop fun de la vie japonaise, au point de se jeter sur les traces d'un ado psychopathe.
Le ton est assez léger et désinvolte, un ton que l'on retrouve bien dans les films japonais où le personnage semble mené par sa vie, coulant toujours vers un destin qu'il redoute mais en même temps attend les bras ouverts.
Les bras ouverts sur sa propre vérité qui se révélera bien souvent tragique.


Bien évidement Kirino ne fait pas dans l'eau de rose et on coure vers le tragique mais sur un ton plutot sympathique jusqu'au dénouement du livre qui montre cruement le désespoir profond que peut faire naître le système social japonais.
Un désespoir est un bien grand mot pour ces japonais où juste quelque complaintes auront des conséquences "réelles".

5 nin
A noter, l'execrable traduction de l'anglais, une bonne traduction ou bien même le lire en japonais aurait certainement permis d'apprécier ce livre à sa juste valeur.

Disparition - Natsuo Kirino - 柔らかな頬 (tendres joues)

Tout au long des 450 pages de son roman, Kirino nous emmène sonder les tréfonds de l’âme humaine, plus qu'un roman policier c'est une longue promenade sur les rudes chemins de la vie que nous propose ce roman.

L'histoire au final ne sert que de prétexte à un long et lancinant "road movie" chargé de symboles, un road movie silencieusement désespéré en recherche de rédemption.

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L'histoire : 
Kasumi ayant passé son enfance sur les rudes et austères bords de mer de l'ile d'hokkaido décide à ses 18 ans de fuir le foyer familial sans laisser aucune trace.
Une fuite qui est une évasion d'un quotidien qui l'oppresse, une fuite seule et égoïste.
Arrivée à Tokyo, elle commence à travailler et se marie, comme on rate son train, avec son patron, honnête mais austère chef d'entreprise accaparé et aveuglé par son travail.
Elle trouve une nouvelle bouffée de vie dans une liaison qu'elle entretient avec Ishiyama, meilleur client de son mari, qui décide d'acheter une maison secondaire à Hokkaido pour pouvoir y retrouver Kasumi.
Pour fêter cette acquisition, un voyage avec les familles de Ishiyama et Kasumi est organisé où en cachette ils laisseront libre cours à leur amour.
Ce bonheur bref et interdit sera très sévèrement sanctionné par le destin, sa fille prénommée Yuka, disparaitra lors de ce séjour sur les bords du lac shikotsu

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Cet événement inattendu sera le point de rupture de leurs vies établies, chacun se sentant coupable de cette disparition, les dégâts seront irréversibles.
Kasumi s'engagera pour de longues années dans la recherche de sa fille, hantée par sa fugue, sa trahison mais plus encore par le sens de sa vie.
De retour à Hokkaido; elle rencontrera un ex-policier carriériste et marmoréen, cancéreux en phase quasi terminale, qui l'aidera dans sa recherche.
Au final retrouver Yuka (la petite fille) n'est pas vraiment l'objet du livre, ce n'en est que le prétexte comme le montre ci bien les nombreuses rêveries prémonitoires des différents acteurs du roman, on est à la frontière du réel et de l'inconscient.
La brisure du quotidien, la recherche de son propre chemin et la force de la vie sont les fils de ce roman.
Grâce à son immense talent, Kirino parvient à construire une atmosphère d'une force incroyable qui sans rire ni pleurs nous fait faire un immense et profond voyage dans l'âme humaine. 

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Il en reste que Kirino n'ecrit pas des romans légers, c'est rude, austère mais en même temps les personnages y sont extrêmement sensibles.
Le contraste entre cette apparente froideur (Kasumi qui semble prête à abandonner ses enfants, le mariage de Utsumi, la reconversion de Ishiyama) et la force de ces vies est saisissant.
Le détachement des personnages, l'impression que la vie coule comme un fleuve en crue, la rencontre avec son destin, ca ressemble à pas mal d'égard à OUT.
On y retrouve même l'homme et le femme pour se rencontrer et achever une partie de leur destin ensemble.
La comparaison est toute fois à prendre au sens large car les 2 romans sont bien différents.
Disparition est encore plus psychologique, moins basé sur le suspens ou ludique mais pourtant plus intéressant.
A noter la traduction (du japonais ouf !) qui m'a semblé très réussi ce qui n'est pas le cas de tous les romans de Kirino (real world et grotesque sont vraiment une catastrophe de trad).
Lu aux éditions du rocher en grand format bien épais.