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Ici et pas Ailleurs

Blog notes sur le cinéma et la littérature japonaise.

kitsutsuki to ame - キツツキと雨 (non traduit)


Dans un village de la campagne japonaise, Katsuhiko bûcheron de son état s'apprete à couper un bel arbre dans un belle foret quand un drole de personnage lui demande d'arreter le temps de ... tourner une scene de cinema.
Katsuhiko est loin de connaitre ce genre de chose et reste interloqué (vu sa loquacité de toute façon ça ne se remarque pas !).
Petit à petit la troupe de cinéma fera irruption dans sa vie jusqu'à l'embaucher pour faire de la figuration dans ce film de série Z pour y jouer un zombi.
De plus le réalisateur est assez cocasse et l'arrivée de cette troupe provoquera une petit bouleversement dans ces paisibles montagnes.
C'est surtout la vie de Katsuhiro qui va être changé par cette découverte et une amitié va se créer entre ces 2 personnages si opposé.
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Le scénario qui est très classique (la routine changée par une rencontre) est traité à la fois de sérieuse et loufoque.
Il réserve des surprises qui permettent de ne pas se cantonner à un "drama" sur l'amité ou le rapport entre les générations.
De plus on y voit pas mal de scène de "prise de scènes" de cinéma ce qui est plutôt sympa.

Le film n'existe pas en francais

Himizu - Sono Gion - (ヒミズ)

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Cela faisait bien longtemps que je n'avais vu de film de Sono (et ecrit sur ce blog).
Au début de chacun de ses films on se demande à quelle sauce on va être mangé tant son style peut être cru ou surprenant, déjanté ou classique, n'ayant que peu lu de critique sur ce film, je me le suis bien "pris".
Tout commence dans les ruines du tsunami qui a engendré la catastrophe de fukushima, des ruines et des ruines et encore des ruines.

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Ces ruines sont aussi l'état psychologique de Sumida (14 ans) qui entre une mère perdue et un père à moitié sadique à pas eu beaucoup de chance dans la vie.
Cette vie il la passe au bord d'un étang dans une maisonnette avec quelques compagnons de sa famille qui sont plutôt sympa et attachants.
Malheureusement le père n'apporte que des malheurs.
Une jeune fille au destin pas vraiment meilleurs (ses parents lui offrent une potence ...) va chercher à se lier à lui.
Entre errance et espoir, violence et pureté des sentiments, on est bringuebalé avec ces personnages aussi détruit qu'après un passage du tsunami. L'histoire a quelques bifurcations inattendues et bienvenue, la prise de vue est vraiment bonne et l'émotion présente.
L'équipe qui entoure Sumida ou les aventures improbables des personnages ajoute un petit coté comédie qui donne un peu d'air.





Le film reste toutefois parfois excessif, vraiment excessif, à en manquer de crédibilité pour un film plutôt réaliste.
L'origine du film est une BD qui explique probablement cela.


C'est un peu ce point qui m'a géné, où on était dans la fantaisie, symbolique et l'onirisme dans ses films précédent, on ne sait pas trop que penser de celui là, trop réaliste mais tout de même excessif.
Les acteurs sont vraiment bon (et une bonne brochette de célébrité du cinéma nippon) et la fin plutôt surprenante (mais pas trop quand même), un brin d'espoir dans ce monde de brute ?
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Postman Blues - SABU (ポストマンブルズ)

Les films de Sabu sont souvent une surprise, un étonnement, une découverte.
Postman Blues est à la fois un policier, un drame, une réflexion sociale et politique le tout sur le ton de la comédie.

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Sawaki, postier de son état, retrouve un ancien camarade de classe, devenu Yakuza, qui vient juste de s'amputer le petit doigt.
Il partira de cette entrevue avec en plus d'un petit doigt et d'un colis mystérieux et une grosse déprime qui lui fera faire l'inimaginable, une faute professionnelle.
En effet, il lit le courrier qu'il est censé distribuer et découvre une femme malade d'un cancer internée et décide de correspondre avec elle.
Cela l’amènera à sortir de son train train quotidien et découvrir d'autres personnes pas très fréquentables mais finalement sympa.
La police qui suivait son pote yakuza va pourtant commencer à faire une énorme méprise et le soupçonner de complicité.
On suit en parallèle la nouvelle vie de Sawaki et les élucubrations incroyables de la police, sûre d'elle même et de ses methode d'investigations.
La bêtise alliée au fantasme et à la force va finalement se montrer bien mauvaise, le clou de cette enquête est la venue d'un "profiler" qui avec de maigres indices va décrire Sawaki comme un tueur compulsif lubrique.

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Le film est très bien monté, le ton général sympa (nombreux clins d'oeil cinématographiques Chunking express/Léon/...) malgré parfois le sérieux des sujets.
Un ton un peu dérisoire, la fin d'une génération et le début d'une autre, pleins de thèmes et d'histoire se mélangent. Une réussite et un vrai bon moment de cinéma. Le trailer est ici.

La dernière métamorphose – Keiichirô Hirano - (最後の変身)


Après un prologue kafkaien, ce roman nous conte la metamorphose du personnage principal, cette métamorphose n'est pas physique mais au contraire tel la chenille qui pour ce transformer en papillon devra briser sa chrysalide, c'est la tentative de liberation que l'on va suivre.
Paradoxalement, cette libération commencera par une reclusion volontaire dans la maison de famille où il habite avec ses parents.

Un beau matin, il décide de ne plus aller au travail, ne plus répondre au téléphone et devient un "hikkikomori" et analyse tout au long du roman à la fois sa propre personnalité, sa vie et sa facon qu'il avait jusqu'à présent de la mener.
Il dévoile tous ses trucs pour construire sa vie en société, tout le cheminement de sa vie sociale pour se poser la question fondamentale, quel est notre vrai "rôle".
Sur un ton parfois assez féroce, ce roman nous permet, à mon avis, de bien appréhender, les difficultés de vivre dans la société japonaise où l'apparence et l'attitude en société (école, travail, internet ...) est si codifiée.
Cependant même si cette société exacerbe le mimétisme social et l'attitude, on peut bien évidement faire le lien avec toute société moderne.
Le roman est un long monologue qui avec plus ou moins de d'ironie, d'humour noir et de misanthropie, ca donne un roman qui souléve des questions primordiales sur la société humaine sans bien évidement apporter de reponse, un coup pied violent dans la rigidité sociale.
Ca fait du bien mais c'est sans issue.

Le dévouement du suspect X - Higashino Keigo (容疑者Xの献身)

Higashino est peu traduit en France mais il est urgent de le découvrir et surtout ce diabolique roman.
Tout commence de façon assez classique, une jeune mère vit seule avec sa fille, ayant eu une vie assez difficile divorces, petits boulots, etc ..
Elle essaye de se refaire une vie en étant employée dans un restaurant de plat à emporter (bento) monté par d'ex collègues.
Le vie n'étant pas simple son ex mari, brutal et oppressant réapparait dans sa vie et la harcèle, tout ca finira par le meurtre "accidentel" de ce tyran qui laisse mère et fille dans l'embarras.
C'est à ce moment que survient Mr Ishigami, mathématicien de génie et voisin de Yasuko (la meurtrière) dont il est secrètement amoureux. Il décide de maquiller le meurtre pour sauver l'élue de son coeur.

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Sur la route de l'enquête se trouve professeur Yukawa physicien brillant à l'esprit curieux qui se trouve être un ex compagnon de fac de Ishigami.
Berner la police est un jeu d'enfant pour Ishigami mais Yukawa ne peut se résoudre aux déduction simplistes de celle ci et décide de mener son enquête auprès de son ancien ami.

La joute des logiques des deux principaux protagonistes les poussera à aborder des thèmes plus subtil et par paraphrase mathématiques se donner des indices.
L'enquête est bien menée, les personnages sont consistants et le roman réserve de bonnes surprises au lecteur pour aller vers un final aussi bref que surprenant et surtout assez bouleversant.

A noter une bonne traduction (Sophie Refle) qui ne gâche rien au roman.

Real World - Natsuo Kirino (リアルワールド)

Difficile de revenir de Out ou surtout Disparition intact.
Ces gros pavés m'ont emmené bien profond dans ces vies tourmentées d'adultes avec déjà ce qu'ils croyaient une vie bien installée.
Avec Real World Kirino les personnages sont des adolescents, pour qui la découverte du monde n'en est qu'à ses débuts. 
Pourtant on ne peut pas dire que l'espoir de ces jeunes pour leur avenir semblent les motiver outre mesure.
le style est plus léger car écrit comme une suite de  monologues des différents protagonistes, à mi chemin entre un road movie et un journal intime.


Real World
L'histoire conte la vie de 4 adolescentes bien différentes mais pourtant qui forment un petit groupe qui semble solide.
Un jour un fait divers va changer leurs vies, casser la routine école/famille/amies, un gros bruit, une fuite, un vol de téléphone et c'est tout l'équilibre de ces quatre vies qui va basculer. Il faut dire que ce bruit n'est autre que le voisin d'une des 4 filles qui vient de tuer sa propre mère, un pétage de plomb, un trop plein de tout, un coup de bate de baseball.
Ce voisin, le lombric comme l'appelle Toshiko, va fuir à vélo et contacter les filles avec ce téléphone volé, elles vont toutes s'intéresser à cet individu pourtant pas particulièrement héroïque ou brillant mais qui, lui, se retrouve devant un fait vrai, sans retour, la vraie vie peut-être.
Les 4 amies vont suivre, de près ou de loin, le chemin du tueur en herbe, chacune à leur tour vont parler de leur univers qui décris une réalité pas trop fun de la vie japonaise, au point de se jeter sur les traces d'un ado psychopathe.
Le ton est assez léger et désinvolte, un ton que l'on retrouve bien dans les films japonais où le personnage semble mené par sa vie, coulant toujours vers un destin qu'il redoute mais en même temps attend les bras ouverts.
Les bras ouverts sur sa propre vérité qui se révélera bien souvent tragique.


Bien évidement Kirino ne fait pas dans l'eau de rose et on coure vers le tragique mais sur un ton plutot sympathique jusqu'au dénouement du livre qui montre cruement le désespoir profond que peut faire naître le système social japonais.
Un désespoir est un bien grand mot pour ces japonais où juste quelque complaintes auront des conséquences "réelles".

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A noter, l'execrable traduction de l'anglais, une bonne traduction ou bien même le lire en japonais aurait certainement permis d'apprécier ce livre à sa juste valeur.

Coldfish - 冷たい熱帯魚 (poisson tropical froid)


Après Suicide circle et le diner de Noriko, j'étais impatient de voir un nouveau film de ce cinéaste improbable capable de mélanger poésie et gore, abstraction surréaliste et intrigue policière.

L'histoire débute dans une famille où le bonheur semble avoir disparu.
Chacun vit sa propre vie en secret sans vraiment s'inquiéter des autres.
Shamoto, le père, est un vendeur de poissons tropicaux, remarié à la trop séduisante Taeko que sa fille ne peut supporter et qui vire plus ou moins à la petite délinquance.
Apparaît alors Murata lui aussi vendeur de poissons exotiques qui vient sauver cette famille alors que la jeune fille semblait partie pour le poste de police.
Murata style flamboyant roulant en Ferrari et gestionnaire d'un super marché du poisson avec serveuses Kawaii et air rigolard va convaincre la famille de rouler avec lui pour ce qu'il semble être la voie du salut.
Petit à petit cette alliance va tourner à la ballade morbide où lui et sa femme (Aiko => prénom qui veut dire Ai : Amour Ko : Enfant ..) vont s'avérer être des déséquilibrés (le mot est faible) et emmener Murata au bout de lui même et du spectateur.
Sans rentrer dans les détails, le film pourtant long est extrêmement bien mené.
On découvre en même temps que Shamoto le monde apocalyptique du couple Murata.
Malgré des scènes de gore bien dégoulinantes ou libidineuses, le film est mené de main de maitre.
Par cycle, après une plongée dans l'impossible, on revient dans un japon bien propre avec toutes les politesses de la vie courante mais c'est pour mieux replonger dans un long tunnel grotesque et effrayant.
Le film est sans concessions, le final sans espoir mais il en reste à multiples interprétations, une grande oeuvre.
Une réussite à réserver à un public averti et qui saura passer outre les excès de certaines scènes.
Les acteur sont excellents (Murata incroyable, Aiko démoniaque et Shamoto désespérant), le montage sobre mais terriblement efficace pour nous faire vivre de plein fouet cette histoire à la fois sordide et hypnotisante.
Difficilement classable ce film en reste une critique implacable d'un système social trop basé sur la soumission (des homme et des femmes), de l'illusion du chef rédempteur et bien évidement de la crise profonde de la cellule familiale traditionnelle.


Disparition - Natsuo Kirino - 柔らかな頬 (tendres joues)

Tout au long des 450 pages de son roman, Kirino nous emmène sonder les tréfonds de l’âme humaine, plus qu'un roman policier c'est une longue promenade sur les rudes chemins de la vie que nous propose ce roman.

L'histoire au final ne sert que de prétexte à un long et lancinant "road movie" chargé de symboles, un road movie silencieusement désespéré en recherche de rédemption.

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L'histoire : 
Kasumi ayant passé son enfance sur les rudes et austères bords de mer de l'ile d'hokkaido décide à ses 18 ans de fuir le foyer familial sans laisser aucune trace.
Une fuite qui est une évasion d'un quotidien qui l'oppresse, une fuite seule et égoïste.
Arrivée à Tokyo, elle commence à travailler et se marie, comme on rate son train, avec son patron, honnête mais austère chef d'entreprise accaparé et aveuglé par son travail.
Elle trouve une nouvelle bouffée de vie dans une liaison qu'elle entretient avec Ishiyama, meilleur client de son mari, qui décide d'acheter une maison secondaire à Hokkaido pour pouvoir y retrouver Kasumi.
Pour fêter cette acquisition, un voyage avec les familles de Ishiyama et Kasumi est organisé où en cachette ils laisseront libre cours à leur amour.
Ce bonheur bref et interdit sera très sévèrement sanctionné par le destin, sa fille prénommée Yuka, disparaitra lors de ce séjour sur les bords du lac shikotsu

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Cet événement inattendu sera le point de rupture de leurs vies établies, chacun se sentant coupable de cette disparition, les dégâts seront irréversibles.
Kasumi s'engagera pour de longues années dans la recherche de sa fille, hantée par sa fugue, sa trahison mais plus encore par le sens de sa vie.
De retour à Hokkaido; elle rencontrera un ex-policier carriériste et marmoréen, cancéreux en phase quasi terminale, qui l'aidera dans sa recherche.
Au final retrouver Yuka (la petite fille) n'est pas vraiment l'objet du livre, ce n'en est que le prétexte comme le montre ci bien les nombreuses rêveries prémonitoires des différents acteurs du roman, on est à la frontière du réel et de l'inconscient.
La brisure du quotidien, la recherche de son propre chemin et la force de la vie sont les fils de ce roman.
Grâce à son immense talent, Kirino parvient à construire une atmosphère d'une force incroyable qui sans rire ni pleurs nous fait faire un immense et profond voyage dans l'âme humaine. 

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Il en reste que Kirino n'ecrit pas des romans légers, c'est rude, austère mais en même temps les personnages y sont extrêmement sensibles.
Le contraste entre cette apparente froideur (Kasumi qui semble prête à abandonner ses enfants, le mariage de Utsumi, la reconversion de Ishiyama) et la force de ces vies est saisissant.
Le détachement des personnages, l'impression que la vie coule comme un fleuve en crue, la rencontre avec son destin, ca ressemble à pas mal d'égard à OUT.
On y retrouve même l'homme et le femme pour se rencontrer et achever une partie de leur destin ensemble.
La comparaison est toute fois à prendre au sens large car les 2 romans sont bien différents.
Disparition est encore plus psychologique, moins basé sur le suspens ou ludique mais pourtant plus intéressant.
A noter la traduction (du japonais ouf !) qui m'a semblé très réussi ce qui n'est pas le cas de tous les romans de Kirino (real world et grotesque sont vraiment une catastrophe de trad).
Lu aux éditions du rocher en grand format bien épais.

Instant Samp - Instant Numa (インスタント沼)

Instant numa se réfère aux instant ramen ou nouilles instantanées très prisées au Japon.
Vous ne devez pas douter du plaisir culinaire de la chose mais ceci est un autre sujet, nous nous contenterons d'éventuels plaisirs cinématographiques.
Ce film conte la vie de Haname, jeune fille un peu banale qui adore la purée de Milo (Tonimalt du soleil levant).
Un jour la vie bascule par des divers événements troublants, sa mère chute en cherchant un "kappa" et se retrouve dans le coma, elle est virée de son travail et finalement s'aperçoit que son père est un excentrique brocanteur.

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Entre comédie et irrationnel le style est typique du cinéma japonais. On ne sait jamais vraiment sur quel pied dansé.
Le rythme est plutôt nonchalant avec un comique qui fais plus rire que sourire, on reste dans le délicat plus que dans le burlesque.
Le film continue doucement, Haname ouvre son "antique shop", elle se lie d'amitié avec un punk électricien du nom de gas, rencontre une femme qui cherche un robot pharaon diseur de bonne aventure.
Elle échangera ensuite toute sa fortune contre une clé de son antiquaire (et escroc) de père pour partir dans la quête d'un fabuleux trésor qui se relèvera être une montagne de sable.
Mais bien sûr le film nous réserver encore beaucoup de surprise sur un ton toujours à cheval entre le réel et l'irréel, le comique et le sérieux et le tout bien sûr fort de nombreux symboles.
Les personnages sont assez savoureux, les situations cocasses et toujours naviguant entre la vie courante et le suréalisme parviennent surprendre et faire sourire.
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Le film souffre de certaines longueurs mais la douce joie de vivre un peu désuète qui en ressort est quand même très présente.
On fait un long et doux rêve qui sans être inoubliable nous fait passer un bon moment pour nous amener à une fin tout sauf prévisible hormis en extrapolant le titre du film.
Réalisateur à suivre.

L'ile Nue - Hadaka no shima (裸の島)

Envie de calme et de beauté, j'ai ressorti de mon carton immatériel ce film de K.Shindo.
Excellent dans l'art du cinéma noir et blanc avec entre autre onibaba à l'esthétisme parfait ou à l'étonnant Yabuno naka kuroneko (Le chat noir dans les broussailles), l'ile nue promettait un oeuvre esthétique du maitre sur fond de mer et de soleil.

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Tout d'abord, le film est quasiment muet, laissant encore plus de place à l'image décrivant la vie d'une famille japonaise vivant sur un ilot rocheux à quelque distances de la cote. Un autre détail, il n'y a pas d'eau sur cette ile, obligeant les parents à faire de nombreux voyages avec une petite embarcation. De longues scènes décrivent les gestes quotidiens de ce couple dans la mer intérieure nippone. Un accent très fort est mis sur la dureté des taches quotidiennes, ça sent la sueur et l'air marin sous le soleil impitoyable de l'été japonais.

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Cependant tout n'est pas sombre (d'ailleurs la lumière y est même intense), sous ces lourdes taches quotidiennes, cette famille trouve quand même la joie et le bonheur de bref instants quotidiens lors des repas bien mérités ou bien avec le rire des enfants jouant au bord de l'eau.
Les jours vont se répéter inlassablement, jusqu'à un événement tragique.
Très certainement inspiré par des thèmes politiques à l'époque (1960) ou le monde était avide de nouveaux idéaux et de libération des peuples, Kaneto nous compte une fable sur la dure vie des petits et sur le début de l'ère moderne.
k3.JPG Malgré un scénario plus que succin le film se laisse regarder avec plaisir pour le beauté de ses images, le charme de la nature et de la vie japonaise en n'oubliant pas le talent du réalisateur.

Une œuvre belle et humaniste qui touchera le spectateur sans vraiment le bouleverser. C'est peut-être du à l'aspect trop esthétisant du film sur un thème finalement assez lourd. Un équilibre difficile.

Tokyo Sonata - トウキョウソナタ


Tokyo Rivière
Kurosawa Kiyoshi nous avait plutot habitué à des films frisant avec le fantastique et l'horreur. Son registre est plutôt varié dont l'immense Jellyfish qui mariait avec bonheur le destin de jeunes marginaux à des images surréalistes. Pour Tokyo Sonata on revient en plein dans le réel voir le social.


Ryuhei Sasaki dont le poste est remis en question au sein de l'entreprise quitte celle ci pour aller pointer au chômage. Il feint de partir au travail tous les matins, costume et attaché case, et revenir le soir comme si de rien n'était. Pas très difficile vu la qualité du dialogue familial ou les paroles échangées lors de repas se limitent au sel et au poivre (version japonaise). Ensuite les 2 garçons filent dans leur chambre, les parents devant la télé.

Un beau jour le plus jeune fils évoque son intérêt pour le piano, immédiatement rejeté par le père pour la simple raison que c'est lui le chef et que sa parole doit être respectée. La vie continue, faux semblant du coté du père, le fils utilise l'argent de la cantine pour prendre des cours de piano, seule la mère essaye de faire survivre un semblant d'humanité par sa douceur.
Cependant l'illusion du normal va finir par se déchirer, les personnages sombrer chacun de leur coté,une rupture où chacun semble courir à sa perte.

C'est à ce moment que l'on aurait pu trouver une de ces métaphores fantastiques où Kurosawa excelle à décrire l'irrationalité humaine. On y est presque mais tout reste trop normal. On se dirige vers une fin tout aussi normale ce qui est tout de même une déception pour un auteur qui ose partir dans des univers irréels pour mieux s'exprimer.

Cela reste un bon film par le jeu des acteurs, le scénario intéressant mais tout cela reste trop concret ou pas assez ambitieux pour en faire un chef d'oeuvre ou une oeuvre remarquable.


The Machine Girl (片腕マシンガール)


Attention, attention, changement total de genre et ça va déménager sec.
Cette fois c'est du cinéma, c'est gore, c'est japonais et bien que dérangeant pour les non habitués du genre, c'est une grande réussite.

Ami En bref (de toute façon c'est pas très compliqué), la petite et gentille Ami-chan va découvrir le cadavre de son frère tué par une bande d'écolier qui le rackettait. Révoltée, elle va partir dans une sanglante vengeance, très très en colère. Comme le montre l'affiche elle finira par avoir une mitraillette fixée sur le moignon de son bras (coupé en direct après avoir été fris en beignet (scène hilarante d'ailleurs)).

Machine Gun Girl Le scénario est simple et efficace mais tout est bien évidement à prendre bien souvent au 2, 3 ou même 4ème degré. La petite Ami est tout simplement increvable malgré son physique de gringallette (elle est idole dans la vie avant de faire ce film ...), son frère est vraiment trop niais, les méchants trop méchants (le père se transforme en vilain type tekken) et les ninjas ... Il faut le voir pour le croire.
La qualité de ce film est de pouvoir nous faire garder le sourire dans un ballet de doigts, tête, jambes coupés et fontaines de sang grâce à la loufoquerie des scènes, à l'ironie permanente et à l'auto-dérision même si tout de même parfois c'est un peu too much.
De plus la petite Ami, connue sous le nom de Minase Yashiro, avait plutôt l'habitude de faire la mièvre pour photographe pour son métier d'Idole (qui est de devenir célèbre uniquement à coup d'images et de goodies).


L'outrance de la niaiserie reconvertie en outrance visuelle, ça manque pas de piment.
Un film duquel je n'attendais pas grand chose et qui pourtant dans son extrême a réussit le pari audacieux de mélanger habilement un genre vite très limite, recycler des actrices qui ont commencé leurs carrières par le bas (...) le tout en utilisant des petits moyens et beaucoup d'imagination.
Une grande réussite si on arrive à supporter l'hémoglobine parfois très dégoulinante.
La fin laisse entrevoir une suite qui me tarde déjà  de voir.

Vas y Ami !

Katakurike no koufuku(カタクリ家の幸福)/La Mélodie du malheur / The happiness of the katakuris

Miike est de ces réalisateurs qui a une créativité telle que chacun de ses films est une vraie surprise parfois à réussite variable. KatakuriKe réussit pourtant le pari de joindre les deux en y ajoutant une atmosphère incroyable.

La famille Katakuri est arrivée dans un coin perdu du Japon en pariant sur le développement futur de cette région grâce à un autoroute qui ... ne s'est jamais construit. Pour cette raison, la pension qu'ils ont aménagé n'a jamais recu un seul client et la morosité commence à gagner la famille quand ... un jour enfin un client arrive. Drôle de client qui va rapidement finir mort dans la pension. Ca fait mauvais genre, surtout que ce ne sera pas le dernier. Je passe les raisons de la mort qui sont aussi des trouvailles car bien d'autres surprises attendent le spectateur. Animations, comédie musicale, zombies dansants (trhiller avant l'age !), j'en passe et des meilleures Il faut souligné que dans le rôle du père nous retrouvons Sawada Kenji, plus connu sous le nom de Juli qui fut un chanteur pop extrêmement célèbre dans les années 80 qui pousse la chansonnette dans le film pour le plus grand plaisir des amateurs. .
Il faut d'ailleurs souligner que celui ci dans la vie courante a sombré dans la déchéance après son fulgurant succès et que la sortie de ce film ainsi que son rôle donne une saveur particulière au personnage. Au fil des nouveaux clients jamais vraiment catholiques vont se succéder et s'enchainer des scènes à la fois drôle et pleines d'émotions pour aller vers une danse des zombies et un final qui rendra tout le monde heureux comme le spectateur qui terminera le sourire aux lèvres et le cœur en joie.
Un tel mélange des genres, une telle loufoquerie aurait du donner un vrai n'importe quoi mais une fois de plus Miike nous exhibe son terrible talent et tout spectateur un temps soit peu perméable à l'absurde ne pourra être que charmé par ce film incroyable. Une grande leçon de cinéma et surtout de créativité.


Le trailer

Full Metal Yakuza (フルメタル極道:Full Metal Gokudo)

Full Metal Gokudo Miike est un des réalisateurs essentiel du cinéma japonais alternatif. Peut être même LE réalisateur. Ultra productif bien souvent ses films jaillissent d'une idée qui sert de ciment au film avec plus ou moins de succès.
Pour celui la, le moins que l'on puisse dire c'est que l'idée n'est pas très novatrice mais le sujet traité à la Miike ...
Un apprenti Yakuza pas très doué pour son travail (manque de gniac) se fait un beau jour abattre en même temps que son aimé Boss. Cependant son cadavre ainsi que celui de son ex boss sont revendus à un savant fou qui en construira une sorte de cyber-yakuza. Ignorant le dessein de son créateur, il va partir pour une quête de la vengeance.
Comme tout film de Miike, l'histoire simple peut cacher un film à plusieurs facette ou l'humanité restera le sujet principal. Ce n'est quand même pas très convainquant, assez violent, les scènes plus humaines restent très cheap tout comme la réalisation.
Le robot Vraisemblablement fait avec peu de moyens, le film pourrait s'appuyer sur un jeu d'acteur plus convaincant, un scénario un peu plus profond pour être plus intéressant. Ça reste très "cheap" même si certains scènes sont touchantes et les sentiments de l'homme robot assez bien traitées.
Un clin d'œil évident à Robotcop et un second degré tout aussi évident permettent de relativiser cette vision un peu sombre du film, de plus les amateurs d'action Miikéiennes teintées d'exploitation nippone de de film déjantés sauront aussi trouvé grâce auprès de leur publique.
Pas la meilleure œuvre du maître, pour une découverte de la grandeur du gars à qui ose ouvrir la porte du monde de Miike je conseille plutôt l'indescriptible Visitor Q ou bien le doux glissement vers l'insoutenable d'audition, tous 2 à réserver à un public majeur, vacciné et responsables.

PS : Dans un genre moins extrême il y en a d'autre, son œuvre est immense.

Suicide Club (自殺サークル)

Voila un film dense, intense et orginal, entre le policier, le poétique et le gore avec une forte connotation sociale à tendance contemplative et même un zest de comédie musicale, le tout restant assez sombre. Un mélange original qui je trouve est assez réussi même si le mélange des genre, la structure décomposée peut paraitre brouillon.
te.jpg Un jour en gare de Shinjuku (un des plus grosse de Tokyo) 54 écolières se jettent sous un train pour un suicide collectif. 2 policiers vont essayer de trouver la raison de ces suicides, qui continuent de part et d'autre du Japon. Une piste sur internet, un groupe de rock qui prône la violence et le suicide, la propre famille de l'un des flics qui termine tragiquement dans un bain de sang ...
tobumae.jpg Souvent subtil parfois grotesque il soulève avec une poésie violente le douloureux problème du suicide et du mal être d'une certaine jeunesse japonaise. La violence quasi insoutenable de certaine images alterne avec des scènes oniriques. La description d'une jeunesse japonaise sans but qui se regroupe pour se livrer à l'acte ultime comme pour jouer à un jeu est la métaphore à peine déguisée d'un Japon moderne ou toute valeur s'est perdue dans le consumérisme, les valeurs disparues la jeunesse ne sait plus ou placer son individualisme et la place du groupe dans sa propre vie. Un film dense ou tout comprendre est impossible à suivre à la fois avec son esprit et son coeur. Tout comprendre est impossible car donner une explication rationnelle n'est pas le but du film. Une oeuvre d'art moderne et brut d'un réalisateur original, artiste à vif qui donne un coup de pied dans le conformisme japonais et la uni culturalisme consumériste aseptisé qui oublie que la vraie valeur de l'humain est sonhumanité .
J'ai bien aimé le jeu des acteurs notamment les inspecteurs Ryo Ishibashi (chez Kitano ou Miike) et Masatoshi Nagase (Mystery train, Party 7 ...).

Le trailer


  • Réalisateur : Shion Sono
  • Last Life in the Universe


    Ce film m'a tout d'abord hypnotisé par l'esthétique exceptionnelle de la première partie.
    J'ai vraiment été happé pendant un bon 1/3 du film par la magie de la caméra, le jeu des acteurs et la justesse de la composition.

    Last Life in the universe Kenji un bibliothécaire autiste et suicidaire ainsi que son frère, Yakusa, vivent à Bangkok. Dans un bar incongru des salaryman japonais côtoient des thaïes vêtues en écolière, la jeune Noi étudie le japonais où travaille Kenji, ils vont vivre tous les deux une tragédie personnelle.
    Des décors nocturnes de Bangkok et aux circonstances de "la rencontre" je suis resté dans une semi rêverie, ébahie devant un tel chef d'œuvre graphique.
    Cependant la suite nous décrit une histoire presque banale, où nos deux protagonistes se refugient à la campagne, certes avec quelques idées et plans qui vont déstabiliser le spectateur mais qui reste très prévisible pour nous mener à une fin ou plutôt une non fin que je n'arrive toujours pas à comprendre mais qui nous refait découvrir des scènes très typique surtout pour les connaisseurs de Miike.
    La caméra reste toujours bonne mais en quittant la ville pour la campagne, l'auteur perds une partie de la force de son esthétique et l'histoire reste malgré tout trop banale pour permettre à ce film d'être une oeuvre majeure du cinéma contemporain. Le rythme très lent du film ne rends pas le film ennuyeux grâce à la qualité graphique et au jeu des acteurs. Moins glamour et plus moderne que Wong Kar Wai, on y ressens une certaine influence qui est peut être due à leurs passés dans la publicité. Enfin un gros chapeaux à tous les clins d'œil au cinéma japonais (ichi !) et la participation de Takashi Miike, excellent dans son rôle. Bon film qui mérite surement d'être revu pour être critiqué correctement.



    Ze Trèsyeuleure